Quête de la cité idéale : Les 500 millions de la Bégum

Quête de la cité idéale vue en son temps par Jules Verne au travers de son livre Les 500 millions de la Begum. Une histoire où la ville est reconnu par sa population comme étant LE meilleur endroit pour vivre et comment, dans quelles conditions, pendant qu’ailleurs, une ville idéale est une cité de l’acier…

quête de la cité idéale

Les 500 millions de la Begum est un roman d’anticipation et d’espionnage de Jules Verne paru en 1879 et illustré par Léon Benett (47 illustrations).

J’ai choisi de publier ce premier livre avec toutes les illustrations de Léon Benett en 2015 (uniquement en version ebook) car pour moi, Jules Verne symbolise à merveille cette quête inlassable du progrès technique.

LE progrès ! LA science ! étant toujours à l’honneur dans tous ses écrits, étant pour lui à la fois moteur et carburant.

La quête de cité idéale, de la ville idéale ! pour Jules Verne

Ici, il est question de la quête de la cité idéale avec bien sûr tous les progrès techniques de l’époque et même au-delà, l’imagination aidant.

Mais ce qu’il est intéressant de noter, c’est qu’en 1875, donc quatre ans avant la publication de Les 500 millions de la Begum, il faisait un discours lors de la séance publique de l’Académie d’Amiens du 12 décembre, discours dans lequel il expliquait à ses collègues le rêve qu’il avait fait, celui d’Amiens en l’an 2000…

Dans cette ville qui lui était chère puisque c’était celle de sa naissance, il ne reconnaissait plus rien. Les progrès techniques étaient impressionnants, les maladies n’existaient plus, la solitude non plus !

A l’époque il n’avait pas pu publier cette nouvelle nommée Une ville idéale car son éditeur Hetzel lui avait interdit les descriptions utopiques et fantastiques. Je vous mets ici en pdf le contenu de ce discours assez savoureux dans son genre : Une-Ville-Ideale-Amiens de Jules Verne.

Présentation de l’auteur et de son illustrateur

Portrait de Jules Verne par Félix Nadar.

Jules Verne, s’il faut le présenter, est né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l’œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d’aventures et de science-fiction (ou d’anticipation). En 1863 paraît chez l’éditeur Pierre-Jules Hetzel (1814-1886) son premier roman Cinq semaines en ballon, qui connaît un très grand succès y compris à l’étranger. Lié à l’éditeur par un contrat de vingt ans, Jules Verne travaillera en fait pendant quarante ans à ses Voyages extraordinaires, qui compteront 62 romans et 18 nouvelles et paraîtront pour une partie d’entre eux dans le Magasin d’éducation et de récréation destiné à la jeunesse. Richement documentés, les romans de Jules Verne se situent aussi bien dans le présent technologique de la deuxième moitié du XIXe siècle que dans un monde imaginaire.

L’illustrateur Leon Benett.

Léon Benett, né Hippolyte Léon Benet le 2 mars 1839 à Orange (Vaucluse) et mort le 7 décembre 1916 à Toulon, est un peintre et illustrateur français.

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Hippolyte Léon Benet changea son nom en « Benett », sans doute pour différencier sa carrière dans l’administration de son travail de dessinateur.

Mettant à profit son expérience d’employé gouvernemental (il était conservateur des Hypothèques), qui l’amena à visiter l’Algérie, la Cochinchine, la Martinique et la Nouvelle-Calédonie, Léon Benett excellait à représenter les pays exotiques. Les carnets de croquis ramenés de ses voyages alimentèrent son œuvre d’illustrateur. Léon Benett est surtout connu pour avoir illustré de nombreux romans de Jules Verne, chez l’éditeur Hetzel : entre 1873 et 1910, il illustre vingt-cinq des Voyages extraordinaires, ainsi que d’autres œuvres de Jules Verne. Il a aussi illustré Victor Hugo, Léon Tolstoï, Thomas Mayne Reid, André Laurie, Camille Flammarion, Élisée Reclus, James Fenimore Cooper, Erckmann-Chatrian.

Résumé de cette quête de la cité idéale

Deux héritiers – un français et un allemand – d’une importante fortune s’opposent en construisant chacun une ville en fonction de ses goûts. Le français, le docteur François Sarrasin, construit en Amérique une ville idéale basée sur les plus récentes techniques d’urbanisme et d’hygiène : France-Ville. L’allemand, le professeur Schultze, lui, choisit de construire Stahlstadt — la cité de l’acier, une gigantesque usine à canon. Johann Schwartz, alias Marcel Bruckmann le meilleur ami du fils du docteur Sarrasin, part espionner la citée de l’acier en tant que simple ouvrier, puis ses talents le feront gravir l’échelle sociale de la ville jusqu’à devenir le confident du professeur Schultze.

Extrait

Ce jeu dura huit jours. Tout allait bien le matin, et le soir il s’élevait subitement une objection imprévue qui dérangeait tout. Ce n’était plus pour le bon docteur que chausse-trappes, hésitations, fluctuations. Mr. Sharp ne pouvait se décider à tirer l’hameçon, tant il craignait qu’au dernier moment le poisson ne se débattît et ne fît casser la corde. Mais tant de précaution était, en ce cas, superflu.

Dès le premier jour, comme il l’avait dit, le docteur Sarrasin, qui voulait avant tout s’épargner les ennuis d’un procès, avait été prêt pour un arrangement. Lorsque enfin Mr. Sharp crut que le moment psychologique, selon l’expression célèbre, était arrivé, ou que, dans son langage moins noble, son client était « cuit à point », il démasqua tout à coup ses batteries et proposa une transaction immédiate.

Un homme bienfaisant se présentait, le banquier Stilbing, qui offrait de partager le différend entre les parties, de leur compter à chacun deux cent cinquante millions et de ne prendre à titre de commission que l’excédent du demi-milliard, soit vingt-sept millions. Le docteur Sarrasin aurait volontiers embrassé Mr. Sharp, lorsqu’il vint lui soumettre cette offre, qui, en somme, lui paraissait encore superbe. Il était tout prêt à signer, il ne demandait qu’à signer, il aurait voté par-dessus le marché des statues d’or au banquier Stilbing, au solicitor Sharp, à toute la haute banque et à toute la chicane du Royaume-Uni.

Les actes étaient rédigés, les témoins racolés, les machines à timbrer de Somerset House prêtes à fonctionner. Herr Schultze s’était rendu. Mis par ledit Sharp au pied du mur, il avait pu s’assurer en frémissant qu’avec un adversaire de moins bonne composition que le docteur Sarrasin, il en eût été certainement pour ses frais. Ce fut bientôt terminé. Contre leur mandat formel et leur acceptation d’un partage égal, les deux héritiers reçurent chacun un chèque à valoir de cent mille livres sterling, payable à vue, et des promesses de règlement définitif, aussitôt après l’accomplissement des formalités légales.

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Ainsi se conclut, pour la plus grande gloire de la supériorité anglo- saxonne, cette étonnante affaire. On assure que le soir même, en dînant à Cobden-Club avec son ami Stilbing, Mr. Sharp but un verre de champagne à la santé du docteur Sarrasin, un autre à la santé du professeur Schultze, et se laissa aller, en achevant la bouteille, à cette exclamation indiscrète :

quête de la cité idéale

« Hurrah !… Rule Britannia !… Il n’y a encore que nous !… »

« Hurrah !… Rule Britannia !… Il n’y a encore que nous !… » La vérité est que le banquier Stilbing considérait son hôte comme un pauvre homme, qui avait lâché pour vingt-sept millions une affaire de cinquante, et, au fond, le professeur pensait de même, du moment, en effet, où lui, Herr Schultze, se sentait forcé d’accepter tout arrangement quelconque !

Et que n’aurait-on pu faire avec un homme comme le docteur Sarrasin, un Celte, léger, mobile, et, bien certainement, visionnaire ! Le professeur avait entendu parler du projet de son rival de fonder une ville française dans des conditions d’hygiène morale et physique propres à développer toutes les qualités de la race et à former de jeunes générations fortes et vaillantes. Cette entreprise lui paraissait absurde, et, à son sens, devait échouer, comme opposée à la loi de progrès qui décrétait l’effondrement de la race latine, son asservissement à la race saxonne, et, dans la suite, sa disparition totale de la surface du globe. Cependant, ces résultats pouvaient être tenus en échec si le programme du docteur avait un commencement de réalisation, à plus forte raison si l’on pouvait croire à son succès.

Il appartenait donc à tout Saxon, dans l’intérêt de l’ordre général et pour obéir à une loi inéluctable, de mettre à néant, s’il le pouvait, une entreprise aussi folle. Et dans les circonstances qui se présentaient, il était clair que lui, Schultze, M. D. privat docent de chimie à l’Université d’Iéna, connu par ses nombreux travaux comparatifs sur les différentes races humaines — travaux où il était prouvé que la race germanique devait les absorber toutes —, il était clair enfin qu’il était particulièrement désigné par la grande force constamment créative et  destructive de la nature, pour anéantir ces pygmées qui se rebellaient contre elle.

De toute éternité, il avait été arrêté que Thérèse Langévol épouserait Martin Schultze, et qu’un jour les deux nationalités, se trouvant en présence dans la personne du docteur français et du professeur allemand, celui-ci écraserait celui-là. Déjà il avait en main la moitié de la fortune du docteur. C’était l’instrument qu’il lui fallait.

Pour lire ou relire cette grande quête de la cité idéale (mais pas que !) vue par Jules Verne, pour l’avoir dans ma bibliothèque de poche qu’est ma liseuse, mon kindle, je clique ici : Les 500 millions de la Begum (illustré)

Odile

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